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La goélette Belle-Poule

La grande pêche

Le départ de la campagne de pêche avait généralement lieu fin mars ou début avril ; les navirent rentraient fin septembre.

La goélette
L'origine du nom
La grande pêche
Hommage à Eric
La Belle-Poule et l'art
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Guy, le photographe
L'auteur
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Armement pour l'Islande
Description
Le gréement
La campagne de pêche
La fin des islandaises


La campagne de pêche en Islande

L'armement du navire.

Au temps des premiers armements pour l'Islande où l'on hésitait pas à envoyer des petits navires, les équipages étaient peu nombreux, allant de 6 à 15 hommes ; cependant en 1872 presque toutes les goélettes comptent 20 à 22 hommes, exceptionnellement sur les bateaux plus importants, ce nombre pouvait atteindre 26 ou 27.

Cet équipage comprenait un capitaine, un second, deux lieutenants et un saleur qui constituaient l'état-major, treize à dix-neuf hommes d'équipage, un novice âgé de 16 ans et un mousse âgé de 14 à 16 ans, le rôle de ce dernier était principalement de faire le service de l'équipage mais il donnait aussi la main à toutes sortes de tâches du bord (réparation des lignes, travail du poisson, ...).

Pendant l'hiver le rôle du capitaine était de faire effectuer les réparations sur son navire, de s'occuper de son armement et de l'approvisionner avec son armateur de tous les ustensiles et apparaux nécessaires à la pêche et à la navigation.

Pendant les semaines qui précèdent le départ, l'armement est complété par l'embarquement des provisions : pain frais, biscuits en galettes rondes, lard salé en demi-barriques, viandes fraîches, conserves de toutes sortes, pommes de terre, légumes en barriques, choux salés, etc ... Les caisses à eau sont remplies ; dans la cambuse située entre la chambre des officiers et la cale on emmagasine la boisson : 20 à 25 barriques de vin et de cidre et en plus de l'eau de vie. Dans le gaviot, sous le poste d'équipage s'entasse le charbon. Enfin la cale reçoit 120 à 130 tonnes de sel, les engins de pêche, les voiles et le gréement de rechange.

Les goélettes islandaises n'étaient pas dans la nécessité de se pourvoir pour une campagne qui durerait six mois sans toucher terre comme les Terre-neuvas du Grand Banc. la proximité de la terre où ils pêchaient leur donnait la possibilité de relâcher pour refaire des vivres ou de l'eau, en outre, en milieu de campagne la rencontre avec leur navire chasseur leur permettait, entre autres, de refaire leur cargaison de sel.

Le départ des goélettes, traversée jusqu'à l'Islande.

Dans les parages de l'Islande, les tempêtes sont fréquentes et violentes surtout pendant les mois de février, mars et avril et elles occasionnaient tous les ans des sinistres. A la suite des nombreuses disparitions lors de la campagne de 1839, une ordonnance interdit aux armateurs de faire partir leurs navires avant le 1er avril. En 1863, à la suite de nombreuses réclamations, le ministre autorisa les départs à partir du 20 mars. La campagne s'étant accomplie sans accident, on en revint au régime de la liberté absolue.
Le départ des Islandais était marqué par une fête religieuse importante : le Pardon des Islandais. Celui-ci avait lieu le dimanche le plus rapproché du départ et consistait surtout en une procession où la statue de N.-D. de Bonne Nouvelle (à Paimpol), portée par les épaules des marins, parcourait les rues de la cité et les quais où sonnaient à toute volée les cloches des goélettes, grand pavois au vent gréement et mâture garnis d'Islandais qui chantaient et recevaient la bénédiction rituelle souvent donnée par Monseigneur de Saint-Brieuc. le pardon proprement dit était suivi de réjouissances populaires amenant beaucoup d'animations.

Après avoir attendu quelquefois sur rade un vent favorable, le navire établit sa voilure et fait route sur l'Islande. La traversée durait entre 8, et 12 jours.

Technique de la pêche, travail du poisson.

La pêche étant interdite dans les eaux territoriales d'Islande, elle se situait en général entre trois et dix miles des côtes environ.

Dès leur arrivée en Islande vers la fin février ou début mars, les capitaines remplacaient leurs voilures de traversée par des voiles tannées c'est à dire enduites à chaud d'un mélange obtenu en faisant bouillir dans une chaudière, de l'huile de foie de morue, de la graisse et de l'ocre ; une fois sèche, la toile ainsi préparée devient plus résistante aux brumes fréquentes rencontrées dans les parages de l'Islande.

La pêche s'y pratiquait en deux époques suivant en cela de façon empirique, les migrations de la morue : la première pêche se faisait à l'Est et au Sud de l'île, c'est la plus lucrative car la morue est belle et plus abondante ; comme c'est l'époque où elle va frayer elle contient des rogues qui augmenteront la valeur de la production de la goélette ; la deuxième pêche se faisait à l'Ouest et au Nord de l'île en contournant l'Islande par l'Ouest et si les glaces le permettaient quelquefois par l'Est.

La technique de pêche différait essentiellement de celle pratiquée sur les bancs de Terre-Neuve. Tandis qu'à Terre-Neuve le navire reste au mouillage et envoie ses doris tendre des lignes de fond qu'ils iront relever plus tard, ici c'est du bord même que se faisaitt la pêche, le navire dérivant à la cape : c'est ce que l'on appelle la pêche errante de la mer d'Islande.

Par beau temps, la grand-voile, souvent diminuée de surface était seule établie, filée à bout d'écoute, le retenue de gui embraquée sur l'avant des haubans de grand mât. La barre était amarrée sous le vent. Les lignes étaient établies au vent pour ne pas passer sous la quille du.

Pour pêcher, les hommes s'échelonaient le long du bord, autrefois le tirage au sort fixait les postes de pêche pour toute la campagne, mais on reconnut que les meilleurs emplacements étaient à l'arrière de la goélette, aussi fut-il décidé les marins, changeraient de place chaque semaine, en avançant vers l'avant, de telle sorte qu'en fin de campagne chaque pêcheur aura successivement occupé toutes les places.
La ligne des Islandais était un fort filin d'une longueur de 80 à 150 mètres. Elle était saisie à bord pour qu'elle ne se perde pas si elle échappait aux mains du pêcheur engourdies par le froid, elle passait sur la plat bord dans de petits supports en bois dur, poirier ou pommier : les mèques. Elles étaient implantées dans le plat bord tous les 1,30 m environ, marquant ainsi les emplacements de pêche.

Dés que le poisson est hissé à bord, le pêcheur lui tranche la gorge, lui coupe la langue et le fait saigner, puis le jette dans un parc fixé sur le pont du navire. Le pêcheur conserve la langue dans une manne posée à côté de lui ou dans un sac fixé à sa ceinture ; à la fin de la journée il remet au capitaine son panier de langues ce qui permettra d'établir le nombre de morues pêchées qu'on inscrit à son actif dans le registre de pêche puisque les hommes sont payés au nombre de poissons capturés.

Lorsqu'il y a dans les parcs un nombre de morues suffisant, ou que la pêche se fait plus rare, tout le monde se met au travail du poisson : après avoir été préparés, les poissons sont jetés dans la cale au saleur qui les arrime avec soin en couches recouvertes de sel ; les têtes servent à la soupe de l'équipage. Quant aux rogues et aux foies ils sont conservés dans des barils : ceux-ci pour fabriquer l'huile, ceux-là pour être vendus en France comme appât aux pêcheurs de sardines.

L'équipage de la goélette est divisé en trois bordées dont deux pêchent tandis que la troisième se repose pendant un quart c'est à dire trois heures, de sorte que chaque bordée prise séparément, pêche pendant six heures consécutives. Mais il est évident que lorsque la morue donne tout le monde travaille sur le pont et la pêche peut se prolonger pendant 24 heures et plus.

C'est vers le 15 mai que se termine la première pêche ; à leur départ de France, les capitaines avaient reçu de leurs armateurs une note écrite leur enjoignant de se trouver au mouillage dans un fjord déterminé à partir d'une date bien spécifiée et de n'en pas bouger pendant un délai fixé à une dizaine de jours.

Les points de rendez-vous étaient les baies islandaises. C'est dans celles-ci que le navire pêcheur rencontrait le chasseur, venu prendre son poisson et lui remettre en échange du sel, des vivres, des agrès, des voiles et des engins de pêche de rechange ainsi que son courrier.
Cette industrie des chasseurs était très ancienne et de bonne heure on y affecta des navires de grande marche et de tonnage sensiblement égal à celui des goélettes de pêche pour pouvoir prendre le produit de la première campagne de deux et même trois morutiers.

Après ce séjour, le navire part pour sa deuxième pêche.

Vers la mi-août les vivres s'épuisent et le sel commence à faire défaut, il est temps de faire route sur la France et les premiers jours de septembre constituent la date extrême du départ.
Le retour

La traversée de retour est en général un peu plus longue que celle d'allée à cause d'un navire lourdement chargé et dont la coque est encrassée par les algues ; néanmoins le retour peut s'effectuer en 10 à 12 jours avant d'apercevoir les feux de Bréhat.

Lorsque la goélette a accosté les quais, les Islandais hirsutes se précipitent chez eux, heureux du retour et d'annoncer la quantité de morues pêchées : 4000 morues prises par homme constituait une pêche exceptionnelle et permettait de dire "nous sommes riches", la pêche est très bonne à 3000, bonne à 2000, moyenne à 1500 et médiocre au-dessous.

Quelques jours plus tard et avec un équipage réduit à 6 ou 7 hommes le navire repart pour un voyage d'hiver, il va livrer sa morue dans les ports de vente, puis c'est le retour pour le désarmement.

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